DETROIT

ARCHEOLOGIE INDUSTRIELLE AUX ETATS-UNIS

archéologie industrielle

L’industrie et le machinisme existent encore de nos jours. Jusqu’à peu, elles parsemaient abondamment le paysage des continents Européen et Américain en attente d’être identifiées, réutilisées ou si possible conservées et interprétées. Plu­sieurs états Américains et villes du monde disposant de véritables richesses industrielles présentent un intérêt historique: la décou­verte d’archéologie industrielle a permis de révéler un nouveau type de monument. « En 1970, plus de soixante-huit sites techniques, industriels avaient été reconnus et enregistrés en tant que monu­ments historiques nationaux, parcs nationaux ou d’état, ou sites his­toriques ». Le patrimoine industriel des Etats-Unis – Louis Bergeron. Cependant malgré l’importance et l’ampleur que prenaient les sites industriels en termes d’espace, il est évident qu’il y ait peu de chance qu’ils soient sauvés en qualité de mo­nument historique. Les archéologues industriels durent très vite souligner que la destruction de l’outillage et des bâti­ments industriels se développait à un rythme encore supérieur à celui dont étaient victimes les monuments de l’architecture. Le rôle des architectes est donc remis en question, planificateurs et ingénieurs dans le domaine de la rénovation et de l’aménagement urbain. Ainsi la réorganisation des routes, des villes et des liaisons urbaines se font souvent en ne tenant pas compte des struc­tures d’intérêt historique. Les citoyens forment donc deux clans: ceux qui encouragent le réaménagement des autoroutes et la réhabili­tation urbaine, et de l’autre ceux qui perçoivent cela comme un acte de destruction dévalorisant la ville et disloquant les quartiers. « Les architectes, ingénieurs et planificateurs se chargeant des projets de villes, sont pris pour des sans cœurs insen­sibles à l’environnement naturel et ignorant la valeur de l’archéolo­gie industrielle que portent certains sites».

Par ailleurs, l’existence de l’archéologie industrielle fut recon­nue officiellement aux Etats -Unis pour la première fois en 1969 avec l’institution de l’Historic American Engineering Record (H.A.E.R). «Depuis 1980, on assiste à une période de croissance régulière de re­connaissance et de sauvegarde d’une sélection de sites.» Le patrimoine industriel des Etats-Unis – Louis Bergeron. Au cours de ces trente dernières années, les progrès sont tels que les archéologues industriels américains ont développés l’idée de conservation des monuments historiques jusqu’à conserver les sites liés à l’histoire de l’industrie et du machinisme. Ainsi les dix premières années de l’archéologie industrielle en Amé­rique peuvent être qualifiées d’exploratoires, s’adressant à une diver­sité de sites, de structures et d’objets aussi large que possible, et mettant à l’épreuve différentes techniques de recherche, de documen­tation et d’interprétation graphique. Etant donné le peu de connaissances concernant les créations de l’industrie et de l’ingénierie, les archéo­logues industriels commencèrent par préparer des inventaires prenant spécifiquement en compte les sites. Des inventaires furent ainsi conduits dans les états répondant aux critères: la Floride, la Californie, le Colorado, et le Michigan.

LA VILLE EN RUINE

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« Seuls les rats proliféraient bien que chassés par des hordes de chats errants, des chats aussi fourbes que ces tigres, mangeurs d’hommes qui ravagent l’inde » Joel Thurtell journaliste dans Détroit Ville Sauvage film de Florent Tillon.

Autrefois, Détroit avait été la capitale mondiale de l’automobile, une ville dynamique et vivante. Au cours du XIXe siècle, les urbanistes, suivant la philosophie de « City Beautiful »érigent un certain nombre d’édifices des styles Beaux-Arts et baroque. Vers la fin du siècle, Détroit est alors surnommée le « Paris du Midwest » pour son architecture courtoise et ses espaces publics ouverts.

En Janvier de l’année 2008, j’ai été dans ma ville natale, Warren dans le Michigan. Je me souviens encore du jour où mon oncle m’a emmenée à Dearborn pour me montrer une «autre facette» du Michigan. Je ne comprenais pas encore ce qu’il avait l’intention de me montrer en m’y amenant. Nous nous sommes donc baladés dans une rue près de la frontière de Dearborn à la limite de Détroit pour acheter du pain arabe dans une des boulangeries du coin. L’image me revient comme si c’était hier, la ville prenait d’emblée une allure différente : un désordre ambiant, des coins habités très denses n’ayant aucun style architectural, puis d’autres coins de la ville plus vides et inhabités, des immeubles constellés de graffitis… Mon oncle ne voulait pas qu’on s’aventure d’avantage dans Détroit, dans ces quartiers envahit par des meutes de chiens sauvages, des voleurs, des prostituées, des gens drogués et dangereux, dans la « ville sauvage ».

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En 1960, des mouvements de grèves et de violences s’étaient suivi d’émeutes ayant laissées la ville en ruine. Certains avaient pu fuir comme les classes moyennes mais certaines classes plus démunie ont dut rester. Une grande partie de la population est donc partie pour le Texas. Détroit n’a cessé de perdre de sa population et de sa puissance depuis. La crise actuelle empire la situation. Les emplois industriels se font rares ; les maisons abandonnées s’amplifient dans certains quartiers. Toutes les semaines, on assiste à des maisons qui partent en fumée. Les gens font ça pour toucher la prime d’assurance et partent s’installer en banlieue. Plus personne ne veut vivre dans cette « ville hantée ». On croirait que la ville a été entièrement évacuée. La municipalité est aujourd’hui criblée de dette. Cette ville industrielle tombe dans le délabrement et l’abandon. On assiste alors à une désertion de tous les espaces et terrains de la ville. L’herbe a poussé, les insectes prolifèrent, faisant retrouver à ces terrains abandonné un véritable espace vital laissant place à de plus gros animaux carnivores comme le « pitbull Colar » qui devient le symbole de la ville.

Détroit est un organisme en perpétuel changement défini par son matériel génétique, c’est à dire un territoire et 713 777 humains actifs qui la maintiennent en vie, et une histoire complexe, tentaculaire qui imprègne toujours le présent. Ainsi, certains habitants, qui n’ont pas encore déserté, luttent pour faire renaître leurs quartiers. Plongée dans une crise sans fin, la capitale du Michigan fascine quand même par l’aspect apocalyptique de ses ruines, elle continue d’attirer les jeunes et les « pionniers français » qui reviendraient pour révolutionner et réinventer la ville.

L’HERBE POUSSE SUR LES PARKINGS

Après l’émeute sanglante à Détroit en 1967, émeute la plus sanglante de l’histoire des Etats Unis, la ville tombe en ruine, 2000 bâtiments sont détruits et l’anarchie règne dans les rues. La nature reprend ses droits petit à petit sur le bord des trottoirs alors que la pauvreté fait place parmi les habitants.  « L’herbe pousse sur les trottoirs » s’exclament les autorités. Cette nature qui réapparaît à la surface est le signe de la fin de la gloire industrielle de Détroit, visage de l’accomplissement du rêve américain dans les années 50. Que faire alors de cette ville en friche ? Ne doit-elle avoir qu’un usage urbain ? Une reconversion à l’échelle de la ville est-elle possible ? A Détroit, où un quartier sur deux est déserté, certains ont décidé de s’inspirer de cette nature refaisant surface en la domptant. C’est ainsi qu’émerge un mouvement d’agriculture urbaine faisant apparaître ici et là des plantations au cœur de la ville.

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La mort de la ville industrielle par excellence des Etats Unis est signe de la mort du capitalisme pour certains, et plus encore démarre une lutte contre celui-ci. L’objectif est de lutter contre le statut de consommateur en produisant soi-même ce dont on a besoin et ainsi devenir plus autonome. Il faut produire sa propre nourriture comme point de départ d’une prise de conscience pour pouvoir par la suite produire ses propres vêtements et tout le reste. C’est le défi que s’est lancé la D-Town Farm, association pour la sécurité alimentaire de la communauté noire de Détroit fondée en février 2006. Son fondateur Malik Yakibni démarre ainsi son projet d’agriculture urbaine qui cherche à construire l’autonomie des collectivités. Après plusieurs déménagements ils s’installent en juin 2008 au parc de la Rouge au nord-ouest de Detroit sur un terrain de deux hectares, résultat de deux années de négociations avec le Conseil de la ville de Détroit. Ils y font pousser des champs de légumes et des champignons, ils fabriquent leur propre miel, des serres et des lits de culture surélevés sont aussi construits. Leurs produits sont cultivés en utilisant des pratiques durables, sans produits chimiques, et vendus sur les sites agricoles et les marchés pour les producteurs urbains de Detroit. Mais en même temps que la flore reprenait ses droits, la faune en a fait de même le long de la rivière Rouge. C’est ainsi que les bénévoles de la D-Town Farm se trouvent avec des cerfs, des putois et des coyotes en guise de voisins. Ne touchant pas aux cultures, c’est leur présence qui intimide ces agriculteurs urbains.

"Ils ont dépavé un parking et y ont fait poussé le paradis"

« Ils ont dépavé un parking et y ont fait poussé le paradis » publicité d’Hanz Farm

Une autre alternative a pris forme à Détroit, celle-ci de plus grande envergure. Hantz Farm est une entreprise crée par Mike Score rachetant des terrains laissés à l’abandon pour les reconvertir en cultures. Détroit est construite sur une trame de damier, où un quartier sera utilisé et celui d’à côté abandonné. Leur but est de récupérer le maximum de ces terrains abandonnés pour en faire des fermes. Les trottoirs sont retirés ainsi que les poteaux électriques et les souches d’arbres pour obtenir des étendues de terre d’un ou plusieurs hectares où ils pourront commencer à semer. Ils ne cherchent pas seulement l’autosubsistance ni un environnement agréable pour les gens mais plutôt des conditions de subsistance pour la ville. Les fermes créent une nouvelle dynamique économique et écologique par le recyclage et la production de nourriture qui amènent à une communauté auto-suffisante. Ils considèrent ainsi ces fermes urbaines comme le point de départ du renouveau de la ville, un Détroit auto-suffisant. Il a été démontré que l’idée que la production de cultures horticoles de grande valeur devait être réintégré dans les économies urbaines comme ici à Détroit. Hantz Farm représente aujourd’hui la plus grande expérience d’agriculture urbaine du monde et représente une reconversion viable pour Détroit.

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Johane Riachi – Radia Cheddadi

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