LA ROUTE : REGARD GEOGRAPHIQUE, CRITIQUE ET PERSONNELLE Travels with Charley : In search of America, 1962, John STEINBECK

A 60 ans, John Steinbeck décide d’entreprendre un long voyage au cœur des Etats-Unis, motivé par le désir de découvrir un pays, son pays qu’il estime ne pas connaître.

 

« Je découvris ne pas connaître mon propre pays. Moi, écrivain américain, écrivant de l’Amérique, je travaillais de mémoire, et celle-ci n’est autre qu’un réservoir cabossé, déformé. Je n’avais pas entendu le langage de l’Amérique, humé l’odeur de son herbe, de ses arbres, de son fumier, vu ses collines et ses cours d’eau, ses couleurs et ses qualités de lumière. Je n’en connaissais les changements que par les livres et les journaux. »

 

Il entreprend un voyage géographique de 16 000 kilomètres au cœur des Etats-Unis de Long Island pour suivre la frontière extérieure du pays, du Maine jusqu’au Nord-Ouest pacifique, en passant par la Californie, puis le Texas et enfin le sud pour revenir à New-York. A 60 ans alors qu’il vit avec sa femme il décide d’entreprendre ce voyage à bord d’une voiture/camping-car avec pour seul compagnon un chien « français », Charly. En quête de connaître son pays on s’aperçoit très vite que le récit initiatique s’inscrit dans une quête personnel de l’auteur. Ce n’est pas sans raison qu’il fait ce voyage seul dans une voiture dans laquelle il peut dormir. En dépeignant un pays à travers des paysages et des rencontres ( qui resteront éphémères et quelque peu superficielles ), l’auteur prétexte un voyage pour parler d’une avancée personnelle, d’un retour sur sa vie et sur son œuvre. On apprend que lors de se voyage Steinbeck venait d’apprendre qu’il était gravement malade.

« Je n’avais pas  » senti  » le pays depuis vingt-cinq ans. Bref, j’écrivais de quelque chose que j’ignorais et, à mes yeux, un écrivain de ce genre est un criminel. »

 

L’Amérique décrite est décevante, elle est habitée d’un peuple peu intéressant du point de vue de l’auteur. Par le voyage, Steinbeck se rend compte de la réalité du monde, de son monde et de la place qu’il ne veut pas y occuper.

 

A cette époque les récits de voyage sont très présents, comme pour Steinbeck il est très souvent question d’un prétexte pour aborder une critique sur un monde en mouvement que l’homme ne comprend plus. Le changement à la fois culturel, économique et même esthétique est trop rapide à l’échelle de la vie d’un homme. La route, en particulier, est utilisée dans ses années pour exprimer une critique en raison de son expansion rapide depuis les années 50. En 1956, Interstate Highway est un programme législatif  instaurée sous Reagan pour la création de 37 000 miles de route dont 7000 dans les villes. Au cœur de la guerre froide, l’Amerique attire et fait peur, crainte ressentie en particulier par ses habitants. Incomprise, l’entreprise du voyage est un moyen de la re-découvrir, de comprendre sa nouvelle effervescence et de chercher la façon de s’inscrire en tant que personne dans ce nouveau monde.

Anna Speakman – Marie Berneau

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