De mémoire indienne

« De mémoire indienne » par Tahca Ushte et Richard Erdoes 

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Photographie de Tahca Ushte devant le mont Rushmore

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Photographie de Tahca Ushte en haut d’un gratte-ciel de New-York

De mémoire indienne nous livre un florilège d’éléments intéressants pour notre enquête. Il faut savoir que Tahca Ushte (1903-1976), également connu sous le nom anglais de John Fire Lame Deer, appartenait à la société Heyoka (clown sacré).

Lame Deer est Mineconju-Lakota Sioux. Il est né dans la réserve de Rosebud. Il a vécu et appris avec ses grands-parents jusqu’à l’âge de sept ans. De sept à quatorze ans il a été placé dans une école. Il a ensuite été envoyé dans un pensionnat, créé par le Bureau des Affaires indiennes pour les jeunes Indiens. Ces écoles ont été conçus pour «civiliser» les Amérindiens après leur installation forcée sur les réserves.

Après avoir vécu de nombreuses années d’une vie dissolue, il rencontre « par hasard » le gardien de la pipe sacrée originelle et commence peu après sa vie de wakan wichasha, Voyant et guerrisseur.

Dans cet ouvrage on observe que Tahca Ushte n’utilise que la dénomination « homme blanc » pour qualifier ceux qu’il a eu l’occasion de rencontrer. Il ne les critique pas pour leur couleur, ni même pour leurs agissements envers les indiens, il critique leur façon de vivre en comparaison des valeurs de la culture indienne. On pourrait interpréter cela comme de l’ethnocentrisme, mais à la lecture de ses remarques, on se rend compte qu’elles sont fondées puisque la culture de l’homme blanc représente une menace pour leur identité ethnique en plus d’être en désaccord avec l’harmonie et la simplicité naturelle à l’origine de la conception de la vie pour les indiens. Ces jugements sont multiples et recoupent tous les aspects que Tahca Ushte à eu l’occasion d’observer de la société de « l’homme blanc », que cela relève du domaine de l’éducation à la valeur des objets, à l’observation du monde naturel, etc…

Nous avons relevé un ensemble de citations explicites, illustrant bien notre propos :

« Dès que les parents sont chez des amis, tous les enfants ont les yeux rivés sur le récepteur de télévision. Les enfants indiens ne sont jamais seuls. »

« Les américains sont élevés comme on gave des oies. Pour l’homme blanc chaque brin d’herbe et chaque source d’eau sont étiqueté selon leur prix. »

« Les indiens traquent la vision et les blancs le dollar. »

« Ils disent de nous que nous sommes des primitifs, des indigènes, mais nous nous essayons de comprendre par le coeur et non par la tête. »

« Je crois que les hommes blancs on peur, peur du monde qu’ils ont crée. »

« Ce qui vous semble banal, à nous, apparaît merveilleux grâce au symbolisme. C’est drôle parce que pour symbolisme nous n’avons même pas de mot, et pourtant le symbolisme nous imprègne au plus intime de notre être. Vous, vous avez le mot, mais c’est tout. »

Pour illustrer ce fait, Tahca Ushte donne un exemple, celui d’une ceinture qu’il offre à l’homme blanc devenu son ami. Sur cette ceinture on peut voir des motifs géométriques que l’homme blanc ne voit que comme une ornementation d’ordre esthétique alors que pour les indiens, ces symboles racontent une histoire. Chaque signe est associé à un souvenir, et l’ensemble constitue un récit. C’est ce qui fait que cette ceinture est riche : elle raconte une histoire, elle n’est pas riche de par les pierres qui la composent.

« Nous autre Sioux passons beaucoup de temps à penser aux choses de chaque jour, qui à nos yeux sont liées au spirituel. Nous voyons dans le monde alentour de nombreux symboles qui nous enseignent le sens de la vie. Nous avons un dicton d’après lequel si l’homme blanc voit si peu, c’est qu’il ne doit avoir qu’un oeil. Nous voyons beaucoup de choses que vous ne remarquez pas. »

Tahca Ushte définit son propre peuple : « Les humains de la nature sont un peuple ordinaire sauvage et libre. »

Il soulève aussi son inquiétude vis à vis de l’impact de l’homme blancs sur les jeunes des tribus indiennes. Un enfant de la tribu lui raconte :  « Les blancs m’obligent à m’habiller comme eux. Ils nous détournent de notre destin d’indien. »

Tahca Ushte commente : « Les écoles laissent des cicatrices. Nous savons que nous sommes indiens quand nous arrivons. Quand nous sortons nous sommes quoi ? Demi-rouges ? Demi-blancs? »

On ressent la menace que la culture de l’homme blanc représente pour eux, elle les dénature, leur impose de nouveaux vêtement, une nouvelle histoire, de nouvelles croyances. Rien n’est fait pour préserver leur identité culturelle.

Lorsque ce livre a été écrit, l’auteur et l’indien se connaissaient depuis longtemps, on ne voit donc pas d’évolution dans les relation ou dans la qualification de « l’autre ». Il ne constitue pas une histoire en lui même mais plutôt une constellations d’histoires racontées par un indien sur son expérience de l’homme blanc qu’il livre à son ami Richard Erdoes.

 

Laura Jacquot & Romane Delarue

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